L'écriture se resserre à mesure que la page se remplit : maladies, blessures, campagnes militaires, médailles et même condamnations... la fiche matricule ouvre une brèche dans la vie d'un ancêtre masculin. Au risque, parfois, de vouloir lire entre les lignes.
« Pleurésie », « céphalées », « vertiges », « syndrome des blessés du crâne », « crises épileptiques plusieurs fois par semaine ». L’écriture est serrée, de plus en plus serrée à mesure que le bas de la page approche. On perçoit la peine des scripteurs successifs à faire tenir dans des cases un tableau clinique, une carrière professionnelle, une carrière militaire, un casier judiciaire, un tableau des médailles, le résumé d’une vie, du moins le résumé de la vie d’un homme telle que l’administration l’imagine au début du XXe siècle. On a écrit à la verticale, dans les marges, sur des bouts de papier collés a posteriori, ou par-dessus des catégories biffées, comme un pied-de-nez à la grille administrative pré-établie. Pour aboutir à un document qui, plus de 80 ans après son dernier amendement, « parle » comme peu d’archives le font.
Ce document, c’est la fiche matricule de mon arrière-arrière-grand-père.
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